Du verre entre les doigts- Alix Lerasle
Le Castor Astral, août 2024, 273 pages
Dans cette maison, le silence a pris toute la place. Il s’infiltre entre les murs, s’accroche aux gestes, étouffe les mots avant même qu’ils ne puissent exister. Les secrets circulent comme des ombres. Un père absent, une mère malade, un frère en pension, un autre dont l’étrangeté inquiète, et puis elle, la narratrice, petite fille lucide au milieu des fissures familiales. Chacun tente de survivre à sa manière, dans cet équilibre fragile qui menace sans cesse de s’effondrer.
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Avec ce premier roman en vers libres, Alix Lerasle signe un texte d’une beauté sombre et magnétique. J’ai toujours une admiration particulière pour cette forme d’écriture lorsqu’elle est maîtrisée ; ici, elle devient souffle, tension, vertige. Chaque phrase semble porter le poids du silence et de la folie qui gagnent peu à peu la maison.
L’autrice construit un huis clos oppressant, presque organique. La maison devient un personnage à part entière : elle observe, enferme, avale. Et au milieu de cette atmosphère suffocante, la voix de la narratrice bouleverse par sa fragilité contenue, sa lucidité silencieuse. Tout m’a oppressée dans ce roman : les non-dits, les regards évités, les rêves brisés avant même d’avoir existé. Je lisais avec l’impression d’être retenue sous l’eau, incapable pourtant de refermer le livre.
C’est sans doute là toute la force d’Alix Lerasle : parvenir à hypnotiser son lecteur, à l’enfermer dans cette famille dysfonctionnelle jusqu’à lui faire ressentir physiquement son malaise. Une lecture troublante, poétique et profondément habitée. Une véritable pépite.