Seules les rivières- Patrice Gain
Éditions Albin Michel, janvier 2026, 264 pages
Tu connais l’expression « le sort s’acharne » ?
Je crois qu’elle résume parfaitement la vie de Jess.
Jess a 16 ans. À un âge où l’on devrait encore pouvoir se chercher, rêver, se tromper sans conséquences irréversibles, elle fuit déjà. Une famille toxique, une relation amoureuse marquée par la violence, et cette urgence vitale : partir pour survivre. Jess ne demande pas le bonheur, ni même la paix. Elle veut simplement vivre.
Seule, elle se confronte à une nature aussi belle que dangereuse. Le froid, la faim, la peur, l’épuisement. Chaque pas est un combat. Mais au fil du chemin, des rencontres surgissent. Fragiles, parfois salvatrices. Des mains tendues, des silences partagés, qui lui donnent la force d’avancer encore, même quand tout semble perdu.
Et pourtant, peut-on vraiment échapper à son passé ?
Certaines blessures sont ancrées profondément. Elles façonnent, enferment, rattrapent. Elles existent, quoi qu’on fasse, quitte à entraîner la chute. Le roman pose cette question sans jamais offrir de réponse facile.
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Seules les rivières est un roman noir social qui m’a littéralement noué le ventre. Jess souffre. Longtemps. Trop, parfois. On s’attache à elle malgré soi, ou peut-être justement à cause de cette douleur permanente. Il m’est arrivé de murmurer : « non, ce n’est pas possible, le sort s’acharne », avec l’envie de poser le livre tant c’est éprouvant. Et pourtant, impossible de l’abandonner.
Patrice Gain décrit la nature avec une justesse remarquable. Elle n’est pas un simple décor : elle devient un personnage à part entière. Jess s’y fond, s’y accroche, s’y renforce. Elle fait corps avec son environnement pour tenir, pour se protéger, pour exister pleinement. La rivière, la forêt, le silence deviennent ses alliés autant que ses épreuves.
J’ai porté Jess jusqu’au bout. Je l’ai accompagnée, page après page, espérant une éclaircie.
Pour qu’elle voie enfin la lumière.
Pour qu’elle ne renonce pas.
Pour qu’elle vive.
Pour elle.