Perpétuité- Guillaume Poix
Éditions Verticales, août 2025, 332 pages
Il y a des livres qui claquent comme une porte qu’on referme trop fort. Perpétuité en fait partie.
Dans ce roman dense et puissant, Guillaume Poix nous plonge dans une maison d’arrêt, un lieu où le temps s’étire, où les nerfs sont à vif, où l’on respire la tension et la solitude comme un air vicié.
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Mais attention : ce n’est pas un reportage, ni une énième plongée "immersive" dans l’univers carcéral. Guillaume Poix va ailleurs. Il choisit la nuit, ce moment suspendu, pour explorer les marges d’un système à la dérive, où les détenus ne sont pas les seuls à être enfermés. Les surveillants, eux aussi, vivent dans une forme de captivité, coincés entre leur devoir, leur fatigue, leurs contradictions.
Ce qui frappe, c’est le regard profondément humain que porte l’auteur sur tous les acteurs de cette prison. Il ne cherche ni excuses ni condamnations faciles. Il dresse un constat : celui d’un système qui dysfonctionne, rongé par le manque de moyens, la surpopulation, l’absurde bureaucratie. Et surtout, il interroge notre rapport à la justice, à la peine, à l’idée même de réhabilitation.
À travers des portraits sensibles, parfois bruts, il donne à voir les corps qui ploient, les esprits qui lâchent, les limites qu’on franchit sans s’en rendre compte. On est loin des clichés, très loin.
Perpétuité est un roman dense, engagé, bouleversant, qui remue plus qu’il ne rassure. Il oblige à voir ce que l’on préfère souvent ignorer. Il donne voix à ceux qui n’en ont plus, ou qu’on n’écoute plus.
À lire pour réfléchir autrement à la prison, pour comprendre l’enfermement au-delà des murs visibles, et pour se rappeler que tout système finit par broyer tout le monde, gardés comme gardiens.