Blanches- Claire Vesin
Éditions La manufacture de livres, février 2024, 298 pages
J'attendais beaucoup de ce livre. Sans doute un peu trop.
Les Urgences, je les connais. Des deux côtés du miroir.
J'ai aimé travailler à l'hôpital. J'ai aimé être au plus près des patients, partager le quotidien des équipes, faire partie de cette grande machine qui, malgré ses failles, tente chaque jour de réparer des vies.
Bien sûr, tout n'était pas rose. Il y a eu le manque de personnel, les pénuries de matériel, les journées interminables, les violences, la fatigue qui s'installe, la mort que l'on côtoie parfois trop souvent. Mais il y a surtout eu les collègues qui deviennent une famille, les rencontres qui marquent, les sourires arrachés à la douleur, les regards qui disent merci sans prononcer un mot. C'est cela que je garde en moi.
Alors oui, j'en attendais beaucoup. Peut-être trop.
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Claire Vesin nous plonge dans le quotidien de celles et ceux qui soignent, écoutent, accompagnent et pansent les corps autant que les âmes. Les blouses blanches, les couloirs qui n'en finissent pas, le bruit, l'urgence, le stress, l'empathie… Tout est là. À chaque page, des souvenirs sont remontés à la surface.
Pourtant, je suis restée au seuil de ce roman.
Les personnages foisonnent, et c'est justement ce qui, à mes yeux, fait défaut au roman. Chacun prend la lumière à tour de rôle, dans une construction assez classique qui m'a laissée à distance. J'aurais aimé ressentir davantage, être bousculée, vibrer avec eux plutôt que de les regarder passer.
Peut-être Claire Vesin a-t-elle choisi de témoigner avec pudeur, de raconter sans heurter. Mais face à l'état de notre système de santé, je me demande si la littérature ne devrait pas parfois frapper plus fort, secouer le lecteur, l'empêcher de refermer le livre tout à fait indemne.
Oui, j'en attendais trop.
Cela n'enlève rien à la sincérité de son regard. Claire Vesin rend un hommage profond aux soignants. Le fait qu'elle soit elle-même médecin se ressent dans chacun de ses mots. Rien ne paraît artificiel. Tout sonne juste, tout est crédible. Je l'ai reconnu. Je l'ai vécu.
J'ai quitté l'hôpital. J'ai rendu mon badge il y a quinze mois. Pourtant, en refermant Blanches, j'ai compris qu'on ne quitte jamais vraiment cet endroit. Il continue de vivre en nous, dans les souvenirs, les visages que l'on n'oublie pas, les absents aussi.
Alors merci. Merci à celles et ceux qui enfilent encore leur blouse chaque matin, malgré l'épuisement, malgré les difficultés, malgré tout. Vous continuez à tenir debout un hôpital qui, trop souvent, ne tient plus que grâce à vous.