Trois petits chats- Elisa Routa
Éditions Bayard, août 2026, 240 pages
Il y a quelque temps, le père est mort dans un accident de moto. Aujourd’hui, cette famille recomposée vit isolée, sous le joug d’un homme violent et pervers. Un quotidien fait de peur, de silences et de tensions, dans lequel chacun semble enfermé, prisonnier d’une situation qui le dépasse.
La forme est aussi oppressante que le fond. Sans aucune ponctuation, le récit se déroule dans un souffle continu, rendant la lecture éprouvante, presque suffocante. Les mots s’enchaînent, les scènes se succèdent, sans véritable possibilité de reprendre son souffle. Je suis témoin de cette atmosphère malaisante, de cet enfer qui semble sans issue, et dont il est difficile de s’extraire.
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Le cœur serré, j’ai suivi Elle, cette enfant qui veille et protège comme elle peut, avec ses moyens et sa sensibilité. Elle tente de préserver ce qui peut encore l’être, dans un monde où les repères vacillent. J’ai suffoqué face à l’Autre, omniprésent, dont la violence semble s’insinuer jusque dans les moindres recoins. Il y a aussi cette mère qui ne parvient pas à fuir, comme paralysée, et ce frère qui disparaît peu à peu, laissant derrière lui un vide inquiétant.
Tout au long du récit, on ressent cette emprise, cette peur sourde qui s’installe durablement et cette impuissance face à une réalité qui semble ne jamais devoir changer. L’écriture, déstabilisante, nous place au plus près de l’enfant, au cœur de ses perceptions, sans distance ni échappatoire.
C’est un roman déroutant, tant par sa forme que par son contenu, raconté à hauteur d’enfant. Avec, en toile de fond, une comptine dont la légèreté apparente contraste violemment avec la noirceur du récit. Un texte qui bouscule, qui oppresse et qui laisse une empreinte bien après la dernière page. Une lecture éprouvante, mais qui ne peut laisser indifférent.