Possédés- Laetitia Faure
Éditions du Seuil, août 2026, 304 pages
Elle vit dans un milieu propre et lisse, où rien ne semble manquer. Tout est à sa place, tout paraît doux, ordonné, rassurant. Et pourtant, derrière cette apparente harmonie, quelque chose se fissure. Elle rejette cet ancrage familial, cette religion omniprésente qui encadre chaque geste, chaque pensée, chaque faute. Elle étouffe, se débat, cherche une issue sans parvenir à comprendre pourquoi elle se sent toujours coupable.
Car comment se libérer d’un père violent et d’une mère absente lorsque, depuis l’enfance, on vous répète que le problème vient de vous ? Que vous êtes celle qui dérange, celle qui fait défaut, celle qui ne correspond pas au tableau familial ? À force d’entendre que l’on est responsable de ce qui ne va pas, le doute finit par s’installer profondément, jusqu’à brouiller la perception que l’on a de soi-même.
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Dans de courts chapitres, Laetitia Faure avance par fragments. Elle alterne les souvenirs, les blessures du passé et une réflexion plus intime sur ce que ces années ont construit — ou déconstruit — en elle. Peu à peu, elle revient sur son enfance, sur les silences, les non-dits et les mécanismes familiaux qui ont façonné la femme qu’elle est devenue.
Ce qui frappe dans ce récit, c’est cette volonté de mettre des mots là où, pendant longtemps, il n’y en avait pas. Nommer les blessures, revenir sur les événements, regarder autrement ce qui a été vécu : l’écriture devient alors un moyen de comprendre, mais aussi de reprendre possession de son histoire.
Il faut sans doute beaucoup de courage pour rouvrir certaines portes et faire ressurgir ce qui a été enfoui pendant tant d’années. En livrant une part aussi personnelle de son histoire, l’autrice ne cherche pas simplement à raconter son passé : elle tente de comprendre ce qu’il reste de celui-ci dans la femme qu’elle est aujourd’hui.
Possédés est ainsi un texte intime, douloureux par endroits, mais profondément tourné vers la reconstruction. Une parole longtemps retenue qui finit par trouver sa place. Une manière de briser le silence et de se débarrasser, peu à peu, de ce qui pesait trop lourd.
Passer sous silence tant d’années, tant de vécu, puis choisir de nous en livrer une part aussi personnelle ne peut laisser indifférent. Une mise à nu bouleversante, mais surtout une libération touchante, portée par une écriture qui cherche à comprendre pour enfin pouvoir avancer.