Le Lambeau- Philippe Lançon
Éditions Gallimard, avril 2018, 512 pages
J’ai mis 8 ans avant de lire Le Lambeau.
8 ans à me tenir à distance de cette date, de cette barbarie, de ces morts.
8 ans à détourner le regard de ce que cette journée disait de l’humanité.
Parce que ces morts me ramènent à une réalité que j’aimerais parfois pouvoir oublier : l’Homme tue toujours.
En 8 ans, pourtant, si peu de choses ont changé.
Philippe Lançon, survivant de l’attentat de Charlie Hebdo, raconte l’avant, le jour de l’attentat, puis l’après. Il raconte la reconstruction, celle du corps, mais aussi celle de l’homme.
Les premières pages ont été pour moi particulièrement difficiles. Douloureuses. Éprouvantes. J’ai eu le cœur serré, la respiration rapide. J’ai parfois eu envie de refermer le livre, de retrouver une fiction, quelque chose qui ne serait pas vrai. Je voulais que ça s’arrête. Je voulais que cela n’ait jamais existé.
STOP
Et puis vient l’après.
Des semaines, des mois, interminables. La douleur, les doutes, les progrès, les échecs. Les gestes répétés, les opérations, l’attente, la patience. Et cette incroyable volonté de revenir à la vie.
J’ai aimé suivre cet homme dans son combat pour vivre.
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Dans ces pages, Philippe Lançon rend aussi hommage à celles et ceux qui l’ont accompagné sur ce chemin. Il voue une reconnaissance profonde à sa chirurgienne, met en lumière le personnel soignant, et remercie ses proches pour leur présence, leur patience, leur amour.
Et c’est peut-être là que réside toute la beauté de ce texte : au milieu de l’horreur, il y a l’humain.
Philippe Lançon écrit sur son statut de journaliste, de survivant, de patient, d’homme, sans jamais en faire trop. Son écriture est juste, pudique, sincère. Elle avance lentement, comme lui, vers quelque chose qui ressemble à l’avenir.
Je suis heureuse et profondément touchée d’avoir enfin lu Le Lambeau, même s’il m’a fallu 8 ans pour trouver la force de le faire.
Parce que certains livres ne se lisent pas simplement.
Ils se rencontrent. Au bon moment.
Ces 8 années, c’est aussi le temps qu’il a fallu à ma fille pour grandir. Pour commencer à découvrir la dureté du monde. Pour poser des questions auxquelles, moi-même, je ne savais pas toujours répondre.
J’avais besoin de temps pour pouvoir lui parler de la violence, de la mort, de la barbarie. Pour répondre à ses interrogations, à ses craintes, à ses peurs.
Et aujourd’hui, je comprends peut-être pourquoi j’ai attendu si longtemps.
Il fallait que je sois prête.
Le Lambeau m’a permis de mettre des mots sur ce qui fait mal.
Des mots sur les maux du monde.
Et malgré tout ce que ce livre raconte de l’horreur, j’en ressors avec une conviction : la vie, la solidarité, le soin et l’amour peuvent aussi être plus forts que la barbarie.