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3 septembre 2026

L’enfant du vent des Féroé- Aurélien Gautherie

Éditions Noir sur blanc, janvier 2026, 183 pages

 

Elle le sent dans ses tripes : quelque chose ne va pas. L’enfant, dans son ventre, ne se présente pas bien. Tout est délicat, inquiétant, et pourtant aucune complication particulière n’est à prévoir. Mais Anna naît, frêle et fragile, comme si la vie avait déjà déposé sur elle une ombre.

Autour d’elle, il y a Jonas et Olga, ses parents, Elin, sa tante, et puis tout un village, Gjógv, ses maisons, ses rues, ses objets, ses habitudes, ses silences. Il y a la vie qui s’organise autour de cette petite fille et l’amour immense qui se construit pour elle. Et puis, un jour, Anna s’éteint. Elle n’aura vécu que quelques mois. Une date qui devient alors indélébile, une date marquée au fer rouge dans la mémoire familiale.

Bien des années plus tard, Jonas attend son dernier souffle. Et cette date, justement, revient. Comme un écho, comme si le temps n’avait jamais vraiment réussi à effacer ce qui s’était passé.

 

 

Avec L’Enfant du vent des Féroé, Aurélien Gautherie raconte le deuil d’un enfant, mais aussi ce qui reste après lui. Il parle de la mémoire, des liens familiaux, du temps qui passe et de ces blessures que les années ne parviennent pas forcément à refermer. Pourtant, jamais le récit ne tombe dans le voyeurisme ou dans le pathos. L’émotion est là, profonde, mais elle naît surtout des détails, des silences et de tout ce qui n’est pas dit.

J’ai beaucoup aimé la construction du roman, cette manière de traverser les époques et de reconstituer peu à peu le puzzle de cette famille. Les fragments se répondent, les souvenirs ressurgissent, et le lecteur comprend progressivement ce qui lie les personnages les uns aux autres.

Et puis il y a les Féroé. Le vent, les paysages, le village de Gjógv… Tout cela donne au roman une atmosphère très particulière. J’ai eu la sensation d’errer moi aussi dans ces rues, de regarder les maisons, de sentir le vent sur mon visage et d’être enveloppée par cette nature à la fois magnifique et austère. Le décor devient presque un personnage à part entière, renforçant la mélancolie du récit.

Mais ce qui m’a le plus touchée, c’est sans doute l’amour de Jonas pour sa fille. Un amour qui ne disparaît pas avec elle, qui continue de vivre dans les souvenirs, dans les gestes et dans cette date qui restera à jamais associée à Anna.

Une écriture sensible, délicate et poétique, une ambiance immersive et mélancolique : un très joli premier roman, tout en retenue, qui parle avec beaucoup de pudeur de l’absence et de ce que l’on continue à aimer lorsque l’être aimé n’est plus là. 

 

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