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10 avril 2026

Elizabeth va très bien- Julien Dufresne-Lamy

JC Lattès, janvier 2026, 285 pages

 

Une notification. Une seule.
Comme une faille qui s’ouvre dans le réel.

 

Dans Elizabeth va très bien, Julien Dufresne-Lamy part d’un instant presque banal — une alerte sur un écran — pour faire vaciller tout un monde. Une mère meurt. Le médecin parle de mort naturelle. Les mots sont posés, nets, définitifs. Et pourtant, quelque chose résiste. Quelque chose grince. Alors le doute s’installe, insidieux, irréversible.

 

 

Ce qui bouleverse ici, ce n’est pas seulement l’histoire, mais la manière dont elle se déploie. Une écriture à hauteur d’émotion, sans jamais forcer, qui préfère les silences aux grandes déclarations. Les phrases semblent avancer à tâtons, comme pour ne pas brusquer la douleur, comme si chaque mot devait trouver sa juste place.

 

Au fil des pages, l’auteur explore avec une infinie délicatesse les violences faites aux femmes, les fragilités invisibles, les troubles intérieurs, mais aussi ce qui lie et délie les êtres. Les relations intimes y sont dessinées dans toute leur complexité : ce qu’on dit, ce qu’on tait, ce qu’on garde pour soi jusqu’à ce qu’il soit trop tard.

 

Elizabeth et Julien sont de ces personnages qui ne se contentent pas d’exister sur le papier. Ils traversent. Ils s’infiltrent. Ils laissent une empreinte discrète mais tenace, faite de frissons et de pudeur. On les porte en soi bien après avoir refermé le livre.

 

C’est un roman sur la distance — celle qu’on impose, celle qu’on subit — sur les regrets qui s’accumulent en silence, sur l’amour aussi, fragile et imparfait. Un roman qui ne cherche jamais à démontrer, mais simplement à dire, avec honnêteté.

 

Et c’est peut-être là sa plus grande force : toucher sans bruit, émouvoir sans insister, et rendre hommage avec une infinie justesse.

 

Un texte sensible, profond,
qui laisse derrière lui une émotion lente,
comme une trace qui ne s’efface pas.

 

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