Éditions Buchet Chastel, collection « Qui vive », 224 p. 16 €, parution 23 août 2018.

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     Joaquim avait 11 ans lors des Jeux Olympiques de Sarajevo, en 1984. Ses souvenirs de l'événement, ce sont les épreuves de patinage artistique devant lesquelles le visage de sa mère s'illuminait, comme il ne s'était plus illuminé depuis des années.

     Huit ans plus tard, Joaquim a 19 ans, et sa jeune sœur Viviane se tue en sautant par la fenêtre.

     Tout cela a-t-il un sens, en 1992, alors qu'il s'apprête à partir dans la ville assiégée comme photo-reporter ?

     Joaquim photographie. Il imprime le réel, le capture sur du papier glacé. Mais peut-il enfermer la guerre dans une boîte ?

     Partir pour tout balayer, le souvenir de sa famille, des non-dits et des souffrances trop longtemps tues. « Du siège de Sarajevo, Joaquim reviendra vivant. Ludmilla le sait, Ludmilla le sent. Ce qui l'inquiète, ce n'est donc pas le garçon dans la guerre, mais sa manière de parler de Chagall et de jeune mariée, au lieu de mort et de jeune fille défenestrée. Depuis six mois, Ludmilla attend de Joaquim qu'il nomme la réalité. »

     Partir en messager pour la famille de Ludmilla restée là-bas, et découvrir Sarajevo la prisonnière, les nuits zébrées par le manque de sommeil, l'attente et la lumière des bombes. « À Sarajevo, tout le monde a expérimenté ce que Joaquim ne sait que théoriquement : on meurt comme on reste en vie, par hasard. »

     Mais découvrir aussi ce que signifie résister dans une ville en guerre : manger autour d'une table, continuer à prendre soin des autres, coudre des vêtements, organiser un concours de beauté pour clamer au monde que le cœur de ce pays bat encore. Et, pour Joaquim, apprendre aussi à garder son Leica fermé, à retirer la pellicule.

     Miss Sarajevo raconte l’histoire d'une famille détruite, en même temps que celle d'une ville dévastée, dans lesquelles se débattent malgré tout des signaux de vie très forts. C'est bouleversant, comme les images de cette guerre.

     « 29 mai 1993. Dans le sous-sol du centre culturel, cinq cents personnes sont réunies pour le défilé. Les gens parlent, fument, boivent. L'atmosphère est au tripot. Plus rien n'existe à Sarajevo sinon ce concours de beauté. »

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     Merci Héliéna de m'avoir invitée sur ton blog pour parler d’un de mes derniers coups de cœur.

Crédit photo Miss Sarajevo : © Stylist/Corbis