Stock, parution août 2017, 421 pages

 

     Qui est Gabriële Buffet-Picabia ? Anne et Claire Berest sont ses arrière-petites-filles et tentent à travers ce récit une reconstitution au plus près de cette femme si singulière.

     Gabriële est une femme de caractère, indépendante et décide à 17 ans de révolutionner la musique en devenant compositeur. Après avoir été refusée au conservatoire, elle réussit son entrée à la Schola Cantorum, où elle est l’unique fille. Hélas, à la fin de ses études, son père veut absolument la marier. C’est alors qu’elle fuit à Berlin et suit la classe de Ferruccio Busoni, pianiste. Lors de ses vacances en famille, son frère lui présente un certain Francis Picabia, jeune peintre déjà bien célèbre. Après une première rencontre sous tension, ils vont très vite devenir inséparables, complémentaires.

« Ce qui se passe entre eux est un face-à-face d’où jaillissent la pensée et la création, c’est le début d’une infinie conversation, au sens étymologique du terme, aller et venir sur une même rivière, dans un même pays. »

     Gabriële abandonne ses rêves pour celui qui deviendra son mari et le père de ses enfants. Elle sera le cerveau de Picabia et ne vivra que pour son œuvre.

« Il n’est pas étonnant que Picabia ait été subjugué par la personnalité de cette jeune femme très cultivée et d’une indépendance d’esprit remarquable : par sa manière de penser et d’agir, elle était très en avance sur son époque et son milieu. »

 

 

     Les sœurs Berest signent un texte à quatre mains sous forme de quête familiale. En effet, elles ignoraient l’existence de Gabriële et il était donc nécessaire pour elles de retracer ce bout de parcours inconnu, connaître la raison de cette mise à l’écart. Un joli travail d’écriture, parfaitement accordé.

« Je parlais de Gabriële hier avec des amis, j’essayais d’expliquer notre initiative de réhabilitation : effacer son effacement. »

     Elles nous dressent le portrait de Gabriële, femme forte, se dévouant corps et âme à Picabia. Sa personnalité m’a beaucoup fascinée. En revanche Picabia est un peu trop égoïste à mon goût, rejetant ses enfants et étant infidèle. Couple en parfaite contradiction.

« Francis et Gabriële sont faits pour parler ensemble, pour échanger, pour théoriser, pour créer –pas pour faire l’amour. Leur entente n’est pas physique, mais métaphysique. Ensemble, ils ‘produisent de la matière.’ »

     Ma lecture s’est déroulée comme pour une biographie, plate, dense, manquant de vie. Seuls les passages avec Guillaume Apollinaire ont été pour moi aussi poétiques que le personnage. À noter également les interventions des sœurs Berest à chaque fin de chapitre pour nous notifier les difficultés de recherches, les prises de position car il faut savoir que leur mère Lélia refusait de parler de Gabriële. Leurs interventions cassaient un peu le rythme pur d’une biographie.

     Gabriële est un roman riche. Nous voyageons au début du XXème siècle, à travers la France, l’Espagne et l’Amérique où l’art y a une place prépondérante pour nos protagonistes. Les sœurs Berest parviennent à sortir de l’ombre cette femme hors du commun, Gabriële, qui méritait une mise en lumière dans le monde de l’art.

 

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