Gallimard, octobre 2017, 338 pages

 

     John Green est un auteur que j’apprécie particulièrement, il parvient toujours à mettre des mots sur les douleurs que les adolescents peuvent subir ou ressentir. Un talent qui n’est plus à prouver. ‘Tortues à l’infini’ je l’attendais +++, peut-être trop ! Mon emballement est retombé aussi vite que des blancs en neige contraints à la chaleur ! Les cent premières pages, celles qui installent le décor ne m’ont pas convaincue. Aza Holmes, lycéenne, lutte au quotidien contre ses angoisses, ses pensées intrusives et son obsession pour une bactérie (clostridium difficile). Et pourtant, elle est embarquée par sa meilleure amie Daisy dans une enquête sur la disparition de Russell Pickett, recherché pour fraude et corruption. L’intrigue est plate, sans intérêt, vue, revue. Alors je l’abandonne (c’est fou quand même !).

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     Pourtant, deux mois plus tard, la grippe ayant eu raison de moi, je me replonge dedans. Ma vision a changé et la magie opère (oufff !). J’ai traité l’enquête en second plan, axant mon attention sur Aza et sa maladie mentale qui souffre également du manque de son père, décédé. Un mal-être qui bouffe cette jeune fille, malgré tout consciente de ses troubles qui la hantent. Aza est persuadée qu’elle peut être contaminée et mourir à chaque instant. « Je garderai ses bactéries pour toujours dans mon corps, quatre-vingts millions qui se reproduiront, se développeront et se mêleront aux miennes pour produire Dieu sait quoi. » Elle s’enferme dans une spirale vicieuse et malsaine dont elle est incapable de se sortir seule. « Je ne dis pas que tu es une mauvaise copine. Mais tu es un peu torturée et ça peut être pénible pour les gens qui t’entourent. » Son personnage est puissant et réaliste (sûrement parce que l’auteur lui-même est atteint de troubles obsessionnels compulsifs depuis toujours). « Je détestais mon corps. Il me dégoûtait –ses poils, sa sueur, sa maigreur ? J’vais la peau sur les os, un cadavre ambulant. Je voulais m’échapper –m’échapper de mon corps, de mes pensées, m’échapper-, mais j’étais coincée à l’intérieur de cette chose, comme les bactéries qui me colonisaient. » Bien évidemment j’ai prêté attention (tout de même !) à Daisy, meilleure amie, fan de Star Wars et auteure d’une fan fiction, c’est son épaule attentive. Et puis, Davis, fils de Pickett, qui tente de garder la tête hors de l’eau et de consoler son petit frère du mieux possible. Ces deux personnages sont les piliers d’Aza et chacun à sa façon lui apporte ce petit rien qui l’aide à aller mieux, à avancer, à endurer. « Je savais que ma folie ne faisait plus figure d’excentricité, ne se résumait plus à une cicatrice au bout d’un doigt. Elle était devenue horripilante, comme elle l’était pour Daisy et tous ceux qui me côtoyaient. » «-Écoute, je t’aime et ce n’est pas ta faute, a-t-elle poursuivi, mais ton angoisse est un aimant à catastrophes. »

     Sur fond d’enquête, John Green tricote et détricote la psychologie des personnages. Les maladies mentales touchent aujourd’hui 20% des adolescents de la planète, un mal-être trop souvent négligé par notre société. Alors, en parler dans un roman destiné aux ados à partir de 13 ans est une grande idée.  Sensibiliser à travers une sorte de thriller attire plus de lecteurs ados que la 100% romance.

     Enquête + amitié + TOC = une belle pépite psychologique.

« La question n’est pas encore tranchée : savoir si la folie est ou n’est pas la plus haute forme d’intelligence. »