Carnets nord, parution janvier 2017, 238 pages 

 

     Août 1944, le récit s’ouvre sur une scène atroce où deux femmes se font raser la tête sur une place publique ! Sentiment partagé entre l’envie de savoir le pourquoi du comment et le dégoût de se replonger dans cette Seconde Guerre mondiale…encore !

     Marguerite et Pierre se marient en août 1939 mais hélas Pierre est mobilisé deux mois plus tard, ne leur laissant que peu de temps pour consommer leur mariage. Marguerite est confrontée soudainement à la solitude, à son affranchissement sans homme, à cette liberté inédite.

« Elle redoute que la guerre la prive pour toujours de la fantaisie de Pierre, de ses gestes quasi féminins quand il lie délicatement un bouquet de coucous avec un brin d’herbe à matelas. »

     Elle apprend à subvenir seule à ses besoins, se préparer à l’hiver qui arrive. En novembre 1939 Pierre lui écrit, lui signifiant que tout va bien sur la ligne Maginot. Marguerite trouve du travail grâce à Raymonde, postière engagée dans la résistance, pour faire du ménage ; elles deviennent amies et confidentes. Le temps du réveillon de Noël, Pierre s’échappe et passe quelques heures avec l’amour de sa vie.

« Marguerite vient de renouer avec le fil de leur histoire qui se déroule en accéléré dans sa tête. Leur rencontre, leur premier baiser, leur première nuit, leur mariage, la vie à deux ? Les images affluent tandis qu’elle mordille, caresse du bout des doigts son menton. Ça y est, Pierre est là. »

     Les semaines passent, Marguerite attend le retour de son homme mais cela n’arrive pas.

« L’attente s’est muée en un espoir immobile. »

     Un jour de 1941, Marguerite trouve du réconfort auprès du jeune gitan André et de sa famille. Elle partage un repas avec lui chaque dimanche. Il y a aussi Franz, ce soldat allemand parlant à la perfection le français. Que cherche-t-il ? Un lien fort se tisse entre André et Franz laissant Marguerite dubitative sur cet ennemi du peuple. En juin 1943 une chute de cerisier fait tout basculer. Arrivent enfin les alliés en août 1944, Marguerite est perdue. Que veut-elle vraiment ?

« Mais elle se sent lourde de ces cinq dernières années de plomb, indifférente à la clameur de bonheur de la rue. »

 

     Un joli portrait de femme mené par une main de grâce par Jacky Durand. Cette femme seule qui est décisionnaire de son existence m’a beaucoup touchée. Roman bien construit, nous suivons la ‘transformation’ de Marguerite, femme se dévouant à son foyer devenue femme de liberté. J’admire son courage, sa force de caractère, sa façon de surmonter cette fatalité, d’être libre et heureuse selon sa volonté. Le bonheur ne se refuse pas en temps de guerre.

     Ce roman fait partie de la sélection des 68 premières fois, édition 2017.

 

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